Charges déductibles des revenus fonciers : la liste complète (hors travaux)

Au régime réel d’imposition, un propriétaire bailleur ne paie pas d’impôt sur la totalité de ses loyers encaissés, mais sur un revenu net : loyers moins charges déductibles. Les travaux (entretien, réparation, amélioration) font l’objet d’un traitement à part, et un article dédié leur est consacré. Cet article détaille tout le reste : les charges “de structure” qui pèsent chaque année sur un investissement locatif, poste par poste, ces lignes pouvant représenter une part significative du loyer annuel.

Cet article est un guide d’information générale. Il ne remplace ni un avis d’expert-comptable ni une consultation fiscale personnalisée : chaque situation (quote-part, régime matrimonial, montage SCI) a ses spécificités.

Le principe : déductibilité au régime réel

Seul le régime réel permet de déduire les charges réelles. Le régime micro-foncier, applicable de plein droit si les revenus fonciers bruts du foyer ne dépassent pas 15 000 € par an, applique à la place un abattement forfaitaire de 30 % censé couvrir l’ensemble des charges, sans possibilité de déduire le détail (article 32 du CGI ; BOI-RFPI-DECLA-10). Dès que les charges réelles dépassent 30 % des loyers, ce qui est fréquent la première année d’un investissement avec emprunt, le régime réel devient plus avantageux.

Pour être déductible, une charge doit remplir trois conditions posées par le Code général des impôts (article 31 CGI) et précisées par le BOFiP : elle doit concerner un bien dont les revenus sont imposés en revenus fonciers, avoir été engagée pour l’acquisition ou la conservation du revenu, et avoir été effectivement payée par le propriétaire au cours de l’année d’imposition (BOI-RFPI-BASE-20).

Intérêts d’emprunt et frais de crédit

Sont déductibles les intérêts du prêt ayant financé l’acquisition, la construction, la réparation ou l’amélioration du bien loué, ainsi que les frais annexes : frais de dossier, frais de garantie (caution ou hypothèque), frais de courtage, cotisations d’assurance emprunteur liées au prêt. La déduction porte sur les intérêts effectivement payés dans l’année, pas sur le capital remboursé (article 31, I, 1°, d du CGI ; BOI-RFPI-BASE-20-80).

Point de vigilance : si les intérêts (cumulés aux autres charges hors travaux) créent un déficit, ce déficit lié aux intérêts d’emprunt ne s’impute que sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Il ne s’impute jamais sur le revenu global, contrairement au déficit généré par les travaux (BOI-RFPI-BASE-30-20). C’est une nuance que beaucoup d’investisseurs découvrent tardivement, en préparant leur déclaration.

Taxe foncière (hors TEOM)

La taxe foncière sur les propriétés bâties est déductible pour son montant réel : elle n’est pas récupérable auprès du locataire, et constitue donc bien une charge du propriétaire (article 31, I, 1°, a du CGI).

La taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), en revanche, n’est pas une charge déductible des revenus fonciers, même si elle est facturée sur le même avis d’imposition que la taxe foncière. Elle figure sur la liste des charges récupérables auprès du locataire fixée par le décret n° 87-713 du 26 août 1987 : c’est une charge locative, en principe refacturée au locataire, et non une charge du propriétaire (BOI-RFPI-BASE-20-50).

Deux précisions utiles :

Concrètement, il ne s’agit donc pas de “déduire la TEOM puis déclarer la récupération en recette” : le bon réflexe est de ventiler l’avis d’imposition et de ne porter en charges déductibles que la taxe foncière hors TEOM, en y ajoutant le cas échéant le prélèvement pour frais de gestion de la fiscalité locale effectivement supporté. En pratique, beaucoup de bailleurs négligent cette ventilation et faussent leur résultat foncier dans un sens ou dans l’autre.

Primes d’assurance (PNO, GLI)

L’ensemble des primes d’assurance se rapportant à l’immeuble loué au régime réel sont déductibles pour leur montant réel et justifié (BOI-RFPI-BASE-20-60) :

Frais de gestion et honoraires

Sont déductibles les honoraires versés à une agence ou un administrateur de biens pour la gestion locative (recherche de locataire, encaissement des loyers, gestion des sinistres), les honoraires de rédaction de bail, ainsi qu’une déduction forfaitaire pour les autres frais de gestion (frais de correspondance, de déplacement, de téléphone) fixée à 20 € par local loué. Ce forfait couvre les menus frais que le propriétaire ne peut pas déduire pour leur montant réel, et il s’applique même s’il gère lui-même son bien, sans agence (article 31, I, 1°, e du CGI ; BOI-RFPI-BASE-20-10). Les frais de procédure engagés pour le recouvrement des loyers ou le règlement d’un litige locatif restent, eux, déductibles pour leur montant réel.

Charges de copropriété non récupérables et provisions

Pour un lot en copropriété, les provisions versées au syndic au cours de l’année sont déductibles, mais uniquement celles afférentes aux dépenses courantes de maintenance, de fonctionnement et d’administration des parties communes (BOI-RFPI-BASE-20-70). L’année suivante, après l’approbation des comptes en assemblée générale, une régularisation doit être opérée : la quote-part de charges récupérables auprès du locataire (celles listées par le décret n° 87-713) doit être réintégrée dans les recettes, car le propriétaire ne peut pas déduire une charge qu’il a en réalité fait supporter à son locataire.

C’est un point fréquemment mal traité par les bailleurs qui gèrent seuls plusieurs lots : la provision brute est déduite l’année N, mais la régularisation N+1 n’est jamais faite, ce qui gonfle artificiellement le déficit déclaré.

Frais de procédure et indemnités

Les frais de procédure engagés contre un locataire défaillant (impayés, dégradations) sont déductibles : honoraires d’avocat, frais d’huissier, frais de commissaire de justice. Les indemnités d’éviction ou de résiliation de bail versées au locataire pour recouvrer la libre disposition du logement sont également déductibles, sauf lorsqu’elles sont versées dans le but de réaliser des travaux de construction, reconstruction ou agrandissement. Dans ce cas, elles sont exclues de la déduction immédiate et suivent le régime des travaux (BOI-RFPI-BASE-20-20 ; article 31, I, 1°, b du CGI).

Ce qui n’est PAS déductible

Plusieurs postes, souvent confondus par les propriétaires débutants, ne sont pas déductibles des revenus fonciers :

Anticiper l’articulation avec les travaux

L’erreur la plus fréquente n’est pas d’oublier une charge, mais de mal articuler dans le temps les charges “récurrentes” listées ici et les travaux, qui suivent des règles de déduction différentes et peuvent générer un déficit imputable sur le revenu global.

Ce déficit imputable sur le revenu global est plafonné à 10 700 € par an dans le cas général. Un plafond majoré à 21 400 € existe pour les travaux de rénovation énergétique, mais il s’agit d’un dispositif temporaire : initialement prévu pour les dépenses payées entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2025, il a été prorogé par la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) et s’applique désormais aux dépenses payées jusqu’au 31 décembre 2027. Ce n’est donc pas un régime pérenne. Son bénéfice suppose en outre des conditions cumulatives : le logement doit être classé E, F ou G avant travaux, atteindre la classe A à D après travaux, et la nouvelle classe énergétique doit être justifiée par la production des diagnostics de performance énergétique établis avant et après travaux (article 156, I, 3°, 4e alinéa du CGI ; BOI-RFPI-BASE-30-20).

Avant d’engager une rénovation lourde, il est utile de cartographier d’abord ces charges fixes (assurances, copropriété, intérêts) sur l’année, car elles réduisent déjà le revenu foncier imposable et influencent directement le calcul du déficit maximal imputable une fois les travaux ajoutés.

Micro-foncier ou réel : un arbitrage à refaire chaque année

Le choix entre micro-foncier et régime réel n’est pas figé : il peut être réévalué en fonction du niveau réel de charges, sachant que l’option pour le régime réel engage pour trois ans, puis se reconduit tacitement d’année en année (BOI-RFPI-DECLA-20). Dès qu’un investisseur a des intérêts d’emprunt significatifs, une assurance GLI, des charges de copropriété et une gestion déléguée, le cumul dépasse presque toujours l’abattement forfaitaire de 30 % du micro-foncier, ce qui rend le régime réel plus favorable dans la grande majorité des cas.

Questions fréquentes

La taxe d'habitation est-elle déductible des revenus fonciers ?

Non. La taxe d'habitation (quand elle s'applique encore, par exemple sur une résidence secondaire occasionnellement disponible pour le propriétaire) n'est pas une charge déductible des revenus fonciers, contrairement à la taxe foncière qui l'est intégralement, hors part TEOM. La TEOM est en effet une charge récupérable auprès du locataire, et n'est donc pas déductible pour le propriétaire.

La TEOM est-elle déductible des revenus fonciers ?

Non. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères figure sur la liste des charges récupérables auprès du locataire fixée par le décret n° 87-713 du 26 août 1987 : c'est une charge locative, refacturée au locataire, et non une charge déductible pour le propriétaire. Deux nuances : le prélèvement pour frais de gestion de la fiscalité locale afférent à la TEOM est déductible au titre de l'année de son paiement lorsque le bailleur en a effectivement supporté la charge (TEOM non récupérée, logement vacant, etc.) ; et la taxe foncière elle-même, hors TEOM, reste intégralement déductible puisqu'elle n'est pas récupérable auprès du locataire (BOI-RFPI-BASE-20-50).

Peut-on déduire l'assurance garantie loyers impayés (GLI) même sans sinistre dans l'année ?

Oui. La prime de GLI est déductible pour son montant réel et justifié dès lors que le bien est loué au régime réel, qu'il y ait eu un sinistre indemnisé ou non dans l'année. C'est le paiement de la prime qui ouvre le droit à déduction, pas la survenance d'un impayé (BOI-RFPI-BASE-20-60).

Le capital remboursé sur le crédit immobilier est-il déductible ?

Non, jamais. Seuls les intérêts d'emprunt (et les frais annexes comme les frais de dossier, de garantie ou l'assurance emprunteur) sont déductibles des revenus fonciers. Le capital remboursé constitue un investissement patrimonial, pas une charge d'exploitation.

Le plafond de déficit foncier de 21 400 € est-il définitif ?

Non. Le plafond général d'imputation du déficit foncier sur le revenu global reste fixé à 10 700 € par an. Le plafond majoré à 21 400 € est un dispositif temporaire réservé aux travaux de rénovation énergétique : initialement prévu pour les dépenses payées entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2025, il a été prorogé par la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) jusqu'au 31 décembre 2027. Les conditions sont cumulatives : logement classé E, F ou G avant travaux, atteinte de la classe A à D après travaux, avec production des DPE avant et après travaux justifiant la nouvelle classe énergétique (article 156, I, 3° du CGI ; BOI-RFPI-BASE-30-20).

Faut-il choisir le régime réel ou le micro-foncier pour un investissement locatif avec emprunt ?

Ce choix dépend du niveau réel de charges par rapport à l'abattement forfaitaire de 30 % du micro-foncier. Dès qu'il y a des intérêts d'emprunt significatifs, une assurance GLI, des charges de copropriété et des frais de gestion, le total dépasse fréquemment 30 % des loyers, ce qui rend le régime réel plus avantageux. Chaque situation doit toutefois être chiffrée individuellement, idéalement avec un professionnel.

Les provisions de charges de copropriété sont-elles intégralement déductibles ?

Seule la part des provisions afférente aux dépenses courantes de maintenance, de fonctionnement et d'administration des parties communes est déductible l'année du versement. Une régularisation est ensuite obligatoire l'année suivante, après approbation des comptes en assemblée générale, pour réintégrer la quote-part de charges normalement récupérable auprès du locataire.

Les frais de procédure contre un locataire impayé sont-ils déductibles ?

Oui. Les honoraires d'avocat, frais d'huissier ou de commissaire de justice engagés pour recouvrer des loyers impayés ou résoudre un litige locatif sont déductibles des revenus fonciers, au même titre que les autres charges de gestion et de conservation du revenu.

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Sources officielles

Rédigé par Jeremy, Foncier Malin. Information vérifiée le 2026-07-18 auprès des sources officielles (BOFiP / impots.gouv.fr).