Déficit foncier : exemple de calcul complet et chiffré

Avertissement. Cet exemple est fourni à titre pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé. Chaque situation patrimoniale et fiscale étant unique, il est recommandé de consulter un professionnel (expert-comptable, notaire, avocat fiscaliste) avant toute décision.

Le déficit foncier est l’un des rares mécanismes du régime réel qui permet à un propriétaire bailleur de réduire son impôt sur le revenu global, et pas seulement son impôt sur les revenus fonciers. Sur le papier, le principe est simple : quand les charges déductibles dépassent les loyers encaissés, le déficit qui en résulte peut, sous conditions, s’imputer sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an. Dans la pratique, le calcul est plus subtil qu’il n’y paraît, car il faut distinguer deux catégories de charges qui ne suivent pas le même régime fiscal. Cet article déroule un cas concret, chiffré, pour rendre la mécanique lisible avant tout arbitrage.

Les montants utilisés ici sont illustratifs. Ils servent à expliquer un mécanisme fiscal, pas à préfigurer votre situation réelle : chaque paramètre (revenus, charges, TMI, plafonds) doit être vérifié avec votre propre dossier et, le cas échéant, un professionnel.

Rappel du mécanisme : deux catégories de charges, deux traitements

Le régime réel foncier (CGI, art. 28 à 31) impose de distinguer, parmi les charges déductibles d’un bien loué nu :

Cette distinction est au cœur du BOFiP BOI-RFPI-BASE-30-20, qui organise l’imputation du déficit foncier en deux étages. Le point de départ, souvent mal compris, est une règle d’ordre : les loyers de l’année (revenu brut foncier) sont réputés compenser en priorité les intérêts d’emprunt. Ce n’est qu’ensuite que les autres charges entrent en jeu.

  1. Les intérêts d’emprunt s’imputent d’abord sur les loyers de l’année. Ils ne créent un déficit que s’ils dépassent les loyers ; ce déficit d’intérêts, le cas échéant, ne s’impute jamais sur le revenu global et se reporte sur les seuls revenus fonciers des 10 années suivantes.
  2. Le déficit issu des charges hors intérêts d’emprunt (calculé sur les loyers restant après imputation des intérêts) s’impute sur le revenu global, dans la limite de 10 700 € par an (15 300 € pour les dispositifs Périssol et Loc’Avantages, ex-Cosse). La fraction qui dépasse ce plafond se reporte, elle aussi, sur les revenus fonciers des 10 années suivantes.

Autrement dit, plus votre déficit provient de travaux et charges courantes plutôt que d’intérêts, plus la part imputable sur le revenu global est importante, donc plus l’économie d’impôt immédiate est significative.

Le cas concret

Prenons un propriétaire bailleur, marié, dont le foyer se situe dans la tranche marginale d’imposition (TMI) de 30 % au barème 2026, qui détient un appartement loué nu depuis plusieurs années et qui engage une campagne de travaux.

Les données de l’année

PosteMontant
Loyers encaissés (charges comprises)9 000 €
Charges de copropriété récupérables1 200 € (neutre, refacturées)
Travaux de rénovation (peinture, électricité, plomberie)18 000 €
Taxe foncière1 400 €
Assurance PNO + frais de gestion600 €
Intérêts d’emprunt4 000 €

(Chiffres illustratifs. Un chantier réel doit être ventilé poste par poste avec factures, en écartant les travaux de construction ou d’agrandissement, non déductibles.)

Étape 1 : les loyers compensent d’abord les intérêts d’emprunt

On impute les 4 000 € d’intérêts sur les 9 000 € de loyers. Les intérêts (4 000 €) étant inférieurs aux loyers (9 000 €), ils sont entièrement absorbés : ils ne créent aucun déficit d’intérêts cette année.

Loyers restant après imputation des intérêts = 9 000 € − 4 000 € = 5 000 €.

Étape 2 : calculer le déficit hors intérêts sur les loyers restants

On confronte ces loyers restants aux charges hors intérêts : travaux (18 000 €) + taxe foncière (1 400 €) + assurance/gestion (600 €) = 20 000 €.

Résultat hors intérêts = 5 000 € (loyers restants) − 20 000 € (charges hors intérêts) = − 15 000 €.

Ce déficit de 15 000 € est intégralement d’origine « hors intérêts » (la part intérêts est nulle ici). C’est lui qui est susceptible de s’imputer sur le revenu global.

Étape 3 : appliquer le plafond d’imputation sur le revenu global

Sur les 15 000 € de déficit « hors intérêts », seuls 10 700 € peuvent s’imputer sur le revenu global de l’année. Le reliquat se reporte sur les revenus fonciers.

L’économie d’impôt selon la TMI

L’imputation sur le revenu global réduit l’assiette imposable au barème progressif, donc l’économie dépend directement de la tranche marginale d’imposition (TMI) du foyer.

TMI du foyerBase imputéeÉconomie d’IR estimée
11 %10 700 €1 177 €
30 %10 700 €3 210 €
41 %10 700 €4 387 €
45 %10 700 €4 815 €

(Calcul illustratif = base × TMI, hors effets de seuil, décote, quotient familial, et hors prélèvements sociaux qui obéissent à un calcul distinct. À affiner au cas par cas, idéalement en simulation complète.)

Pour notre exemple à TMI 30 %, l’économie d’impôt sur le revenu liée aux 10 700 € imputés est de l’ordre de 3 210 €. Le solde de 4 300 € ne produit pas d’économie immédiate : il viendra réduire les revenus fonciers imposables des années suivantes, dans la limite de 10 ans, tant que le bien reste loué.

Le sort du déficit reporté

Les 4 300 € reportés ne rejoindront jamais le revenu global : ils ne peuvent s’imputer que sur des revenus fonciers positifs des années suivantes. Concrètement, si le bien (ou un autre bien loué nu du même foyer) dégage un bénéfice foncier l’année suivante, ce déficit en report vient l’effacer en priorité, en commençant par la fraction la plus ancienne, celle qui approche de sa péremption à 10 ans. Cet ordre chronologique évite de laisser expirer un déficit encore imputable. Tant que le foyer n’a pas de revenus fonciers positifs, le report reste en attente, dans la limite des 10 ans.

La variante rénovation énergétique : plafond porté à 21 400 €

Le plafond de 10 700 € est doublé, à 21 400 € par an, lorsque le déficit provient de travaux de rénovation énergétique qui font passer le logement d’une classe DPE E, F ou G à une classe A, B, C ou D. Ce dispositif renforcé vise les dépenses payées au plus tard le 31 décembre 2027 (CGI art. 156, I, 3° ; dispositif prorogé jusqu’à cette échéance par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026). La majoration ne joue qu’à hauteur des dépenses de rénovation énergétique éligibles, sur justificatifs, avec un DPE avant et après travaux.

Reprenons le principe avec un second jeu de chiffres. Un logement classé F, loué nu, fait l’objet d’un chantier énergétique qui le porte en classe C.

PosteMontant
Loyers encaissés12 000 €
Travaux de rénovation énergétique éligibles (DPE F vers C)30 000 €
Taxe foncière + assurance + gestion2 200 €
Intérêts d’emprunt3 000 €

On applique la même mécanique. Les intérêts (3 000 €) sont d’abord compensés par les loyers (12 000 €) : inférieurs aux loyers, ils sont entièrement absorbés et ne créent aucun déficit d’intérêts. Loyers restants = 12 000 € − 3 000 € = 9 000 €.

Charges hors intérêts = 30 000 € + 2 200 € = 32 200 €. Résultat hors intérêts = 9 000 € (loyers restants) − 32 200 € = − 23 200 €.

Sous le plafond de droit commun (10 700 €), seuls 10 700 € seraient imputables cette année, et 12 500 € partiraient en report. Grâce au plafond majoré de 21 400 €, l’imputation sur le revenu global est portée à 21 400 € : le plafond majoré est ici atteint, et le solde de 1 800 € (23 200 € − 21 400 €) se reporte sur les revenus fonciers des 10 années suivantes. À TMI 30 %, l’économie d’impôt sur le revenu de l’année passe ainsi d’environ 3 210 € (10 700 € imputés) à 6 420 € (21 400 € imputés), pour un chantier de même nature. C’est l’intérêt principal du dispositif renforcé, dans sa fenêtre de temps limitée.

La condition de maintien en location

L’imputation du déficit sur le revenu global n’est pas acquise sans contrepartie : le bien doit rester loué nu à usage d’habitation jusqu’au 31 décembre de la troisième année suivant celle de l’imputation (BOI-RFPI-BASE-30-20). Une vente ou un changement d’affectation avant ce terme entraîne en principe la remise en cause de l’avantage obtenu, sauf exceptions limitativement prévues par le BOFiP (décès, invalidité de 2e ou 3e catégorie, licenciement, et certaines tolérances). C’est un point de vigilance central pour tout propriétaire qui envisage une revente rapide après travaux, notamment dans une logique de type marchand de biens, qui relève d’un cadre fiscal différent, à ne pas confondre avec celui du bailleur.

Ce qu’il faut retenir de ce calcul

Ce cas illustre la mécanique générale. Chaque situation réelle (montant des travaux, nature exacte des dépenses, niveau des loyers, structure de l’emprunt) doit faire l’objet d’un calcul propre, vérifié avec les textes en vigueur au moment de la déclaration.

Sources et textes de référence

Cet exemple est fourni à titre pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé. Chaque situation patrimoniale et fiscale étant unique, il est recommandé de consulter un professionnel (expert-comptable, notaire, avocat fiscaliste) avant toute décision.

Questions fréquentes

Le déficit foncier réduit-il aussi les prélèvements sociaux ?

L'imputation du déficit foncier sur le revenu global (dans la limite de 10 700 €) réduit l'assiette de l'impôt sur le revenu au barème progressif. Les prélèvements sociaux (17,2 % : CSG 9,2 %, CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 %) sont calculés séparément, sur le résultat foncier net imposable, et ne suivent pas la même mécanique. Une simulation complète intégrant les deux impositions reste recommandée pour chiffrer l'effet réel.

Que se passe-t-il si je vends le bien avant 3 ans après avoir imputé le déficit ?

Le BOFiP (BOI-RFPI-BASE-30-20) impose de maintenir le bien loué nu à usage d'habitation jusqu'au 31 décembre de la 3e année suivant celle de l'imputation sur le revenu global. Une vente ou un changement d'usage avant ce terme entraîne en principe la remise en cause de l'imputation opérée. Le BOFiP prévoit des exceptions limitatives (décès, invalidité de 2e ou 3e catégorie, licenciement, ainsi que certaines tolérances comme l'expropriation).

Tous les travaux sont-ils déductibles pour créer un déficit foncier ?

Non. Sont déductibles les travaux de réparation, d'entretien et, pour les locaux d'habitation, d'amélioration (CGI art. 31, I, 1°, a et b). Les travaux de construction, reconstruction ou agrandissement ne sont pas déductibles et ne créent pas de déficit foncier imputable (BOI-RFPI-BASE-20-30-30). Un chantier mixte doit être ventilé poste par poste avec ses factures.

Pourquoi distinguer intérêts d'emprunt et autres charges dans le calcul ?

Parce que le CGI et le BOFiP leur appliquent un traitement différent. Les loyers de l'année compensent en priorité les intérêts d'emprunt : ces derniers ne créent un déficit que s'ils dépassent les loyers, et ce déficit d'intérêts ne s'impute alors que sur les revenus fonciers des 10 années suivantes, jamais sur le revenu global. Les charges hors intérêts (travaux, taxe foncière, assurance), calculées sur les loyers restants, peuvent en revanche créer un déficit imputable sur le revenu global dans la limite de 10 700 €.

Le plafond de 10 700 € est-il le même pour tous les propriétaires ?

Le plafond de droit commun est de 10 700 € par an. Il est porté à 15 300 € pour les dispositifs Périssol et Loc'Avantages (ex-Cosse), et à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique faisant passer un logement d'une classe DPE E, F ou G à A, B, C ou D, à condition que les dépenses soient payées au plus tard le 31 décembre 2027.

Que devient le déficit qui dépasse le plafond de 10 700 € ?

La fraction du déficit hors intérêts qui dépasse le plafond, ainsi que la totalité du déficit lié aux intérêts d'emprunt, se reportent exclusivement sur les revenus fonciers des 10 années suivantes. Ces déficits reportés ne s'imputent jamais sur le revenu global : ils viennent réduire les revenus fonciers positifs des années suivantes, du plus ancien au plus récent.

Cet exemple peut-il servir de base à ma déclaration ?

Non. Il s'agit d'une illustration pédagogique construite sur des montants fictifs. Chaque situation patrimoniale et fiscale étant unique, il est recommandé de faire valider votre calcul par un professionnel (expert-comptable, notaire, avocat fiscaliste) avant toute décision ou déclaration.

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Sources officielles

Rédigé par Jeremy, Foncier Malin. Information vérifiée le 2026-07-18 auprès des sources officielles (BOFiP / impots.gouv.fr).