Statut du bailleur privé (Jeanbrun) ou déficit foncier : lequel pour vos travaux ?

Article rédigé à titre d’information générale. Il ne constitue ni un conseil fiscal personnalisé, ni un conseil en investissement. Chaque situation dépend de votre foyer fiscal, de votre patrimoine et de vos projets : rapprochez-vous d’un professionnel (expert-comptable, notaire, conseiller en gestion de patrimoine) avant toute décision. Les chiffres cités renvoient aux textes en vigueur en 2026 ; le dispositif du bailleur privé étant récent, plusieurs de ses paramètres restent à préciser par décret et par instruction BOFiP. Vérifiez toujours la version applicable à votre année d’imposition sur impots.gouv.fr ou le BOFiP.

Vous avez un bien loué nu (ou un projet d’achat) avec des travaux à financer, et vous vous demandez comment optimiser fiscalement. Deux logiques s’offrent à vous, toutes deux en location nue au régime réel : amortir le logement grâce au nouveau statut du bailleur privé (le dispositif que la presse appelle « Jeanbrun »), ou déduire vos travaux et générer un déficit foncier imputable sur votre revenu global. Ce guide compare les deux mécanismes, sans en pousser un plutôt que l’autre.

Deux avantages différents pour un même type de location

Point important : contrairement à l’arbitrage classique entre location nue et location meublée (voir notre comparatif LMNP ou déficit foncier), le statut du bailleur privé et le déficit foncier concernent le même mode de location : la location nue, imposée dans la catégorie des revenus fonciers, au régime réel. Ce ne sont donc pas deux régimes qui s’excluent par nature, mais deux leviers d’optimisation dont la mécanique diffère profondément.

Le déficit foncier : déduire les travaux, effacer d’autres revenus

Le déficit foncier repose sur les charges réelles du bien loué nu. Quand vos charges déductibles (travaux d’entretien, de réparation et d’amélioration, intérêts d’emprunt, taxe foncière, assurance, frais de gestion) dépassent vos loyers encaissés, vous créez un déficit.

Ce déficit est imputable sur votre revenu global dans la limite de 10 700 € par an (la fraction correspondant aux intérêts d’emprunt reste, elle, imputable uniquement sur les revenus fonciers des dix années suivantes). Le surplus éventuel est reportable sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Un dispositif temporaire double ce plafond à 21 400 € pour les travaux de rénovation énergétique faisant passer un logement d’une étiquette DPE E, F ou G à une étiquette A, B, C ou D, pour les dépenses payées jusqu’au 31 décembre 2027, échéance résultant de la prorogation actée par la loi de finances pour 2026.

En contrepartie de l’imputation sur le revenu global, vous vous engagez à louer le bien nu pendant les trois années suivantes. Le déficit foncier n’impose aucun plafond de loyer ni de ressources du locataire : vous louez au prix du marché. Le détail de ce mécanisme est développé dans notre dossier déficit foncier.

Le statut du bailleur privé (Jeanbrun) : amortir le logement

Le statut du bailleur privé est créé par l’article 47 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026). Il introduit une charge déductible nouvelle dans la liste de l’article 31, I, 1° du CGI : l’amortissement du logement. Concrètement, vous déduisez chaque année de vos revenus fonciers un pourcentage du prix du bien, ce qui n’existait jusque-là qu’en location meublée (le LMNP au réel).

Le mécanisme repose sur plusieurs paramètres fixés par le texte voté :

En contrepartie, le dispositif impose des conditions strictes : logement loué nu, affecté à la résidence principale du locataire, engagement de location de neuf ans minimum, mise en location dans les douze mois de l’acquisition ou de l’achèvement, plafonds de loyers et de ressources du locataire (par renvoi aux barèmes des articles 199 novovicies et 199 tricies du CGI), et option irrévocable exercée à la déclaration. Le régime réel foncier devient obligatoire : le micro-foncier est fermé pour ces logements. Le dispositif s’applique aux acquisitions réalisées jusqu’au 31 décembre 2028.

Tableau comparatif

CritèreStatut du bailleur privé (Jeanbrun)Déficit foncier (droit commun)
Type de locationNue, résidence principale du locataireNue
Catégorie et régimeRevenus fonciers, réel obligatoireRevenus fonciers, réel
Base légaleCGI art. 31, I, 1°, i et j (loi n° 2026-103, art. 47)CGI art. 156, I, 3°
Nature de l’avantageAmortissement annuel du logement (charge déductible nouvelle)Déduction des charges réelles, dont les travaux
Montant / plafond3 % à 5,5 % par an de la base amortissable (80 % du prix), plafonné à 8 000 € (jusqu’à 12 000 €) par foyerDéficit imputable sur le revenu global : 10 700 € par an (21 400 € en rénovation énergétique, dépenses payées jusqu’au 31/12/2027)
Plafonds de loyer et de ressourcesOui, par renvoi aux barèmes 199 novovicies / 199 triciesAucun (loyer libre)
Engagement de location9 ans minimum3 ans après l’imputation sur le revenu global
Effet sur le revenu global (salaire, etc.)Réduit le résultat foncier ; l’imputation d’un déficit qui en résulterait sur le revenu global reste à confirmer (BOFiP)Oui, jusqu’à 10 700 € / 21 400 € par an
Report de l’excédentSelon les règles foncières de droit communDéficit reportable 10 ans sur les revenus fonciers
Reprise à la reventeOui : amortissements déduits du prix d’acquisition pour la plus-value (art. 150 VB, III)Sans objet (pas d’amortissement du bâti)
Type de bienNeuf (i) ou ancien réhabilité (j) ; cible : logement collectifTout logement ancien loué nu avec travaux déductibles
FenêtreAcquisitions jusqu’au 31 décembre 2028Dispositif pérenne (majoration énergie jusqu’au 31/12/2027)

Quand privilégier l’un, quand privilégier l’autre

Plutôt le déficit foncier

Le déficit foncier est souvent le plus adapté pour un bien ancien à rénover que vous voulez louer au prix du marché. Vous ne subissez aucun plafond de loyer ni de ressources, l’avantage est immédiat (les travaux déduits l’année de leur paiement viennent effacer vos loyers puis, dans la limite de 10 700 €, une partie de vos autres revenus), et l’effet est d’autant plus fort que votre taux marginal d’imposition est élevé. C’est aussi le levier naturel quand les travaux sont lourds et concentrés sur une ou deux années. Pour bien cadrer la nature des travaux réellement déductibles, voyez notre page travaux déductibles des revenus fonciers.

Plutôt le statut du bailleur privé

Le statut du bailleur privé vise plutôt l’investisseur qui accepte des loyers encadrés (intermédiaire, social ou très social) et un engagement long, en échange d’un amortissement étalé qui réduit l’imposition des loyers dans la durée. Il s’adresse notamment à un profil qui refusait le meublé et le LMNP mais recherchait l’effet d’amortissement en location nue. C’est un dispositif d’acquisition (neuf ou ancien réhabilité), à raisonner sur le long terme et non comme un coup fiscal ponctuel.

Peut-on cumuler les deux ?

C’est la question la plus délicate, et elle appelle de la prudence. Le statut du bailleur privé s’exerçant au régime réel foncier, les autres charges déductibles (dont les travaux éligibles) continuent de s’appliquer normalement, et l’amortissement s’ajoute au résultat foncier, où il peut mécaniquement créer ou aggraver un déficit.

En revanche, le traitement fiscal précis d’un déficit foncier issu de l’amortissement (peut-il, comme un déficit classique, s’imputer sur le revenu global à hauteur de 10 700 €, ou reste-t-il cantonné aux revenus fonciers ?) n’est pas explicitement tranché par le texte voté et dépendra de l’instruction BOFiP à paraître. Tant que cette doctrine n’est pas publiée, il serait imprudent de bâtir une stratégie sur l’hypothèse d’un cumul optimal des deux avantages sur un même bien.

À l’échelle du foyer fiscal, en revanche, rien n’interdit de détenir un bien sous statut du bailleur privé et un autre en déficit foncier de droit commun, chacun suivant ses propres règles.

La reprise de l’amortissement à la revente

Un point commun important avec le LMNP : l’amortissement Jeanbrun est repris à la sortie. L’article 47 de la loi de finances 2026 modifie le CGI art. 150 VB, III pour prévoir que, dans le calcul de la plus-value immobilière des particuliers, le prix d’acquisition est minoré du montant des amortissements admis en déduction. Résultat : l’avantage pris pendant la détention gonfle la plus-value imposable au moment de la vente.

C’est exactement la logique déjà instaurée pour le LMNP réel par la loi de finances 2025 (voir notre article réintégration de l’amortissement en LMNP). Le déficit foncier, qui n’amortit pas le bâti, n’est pas concerné par cette reprise : les travaux déduits ne sont pas réintégrés dans le prix d’acquisition à la revente (hors cas particuliers, par exemple des travaux ayant le caractère de dépenses de construction ou d’agrandissement). À distinguer aussi de la rupture d’engagement avant les neuf ans du dispositif Jeanbrun, qui entraîne une majoration du revenu net foncier des amortissements antérieurement déduits.

Ce qui reste à préciser par décret

Le statut du bailleur privé a été créé par l’article 47 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) et est en vigueur, mais plusieurs modalités d’application seront fixées par décret et par la doctrine fiscale (BOFiP). Voici les points à suivre :

Tant que ces points ne sont pas confirmés, considérez-les comme provisoires. Pour un projet concret, faites valider l’éligibilité et le calcul par un professionnel au vu des textes réglementaires en vigueur à la date de votre acquisition.

En résumé

Pour un bien ancien à gros travaux loué au prix du marché, le déficit foncier reste le levier le plus direct : pas de plafond de loyer, effet immédiat sur le revenu global jusqu’à 10 700 € (21 400 € en rénovation énergétique). Pour un investissement neuf ou réhabilité que vous acceptez de louer à loyer encadré sur au moins neuf ans, le statut du bailleur privé apporte un amortissement dans la durée, au prix d’un engagement social et d’une reprise à la revente. Les deux relèvent de la location nue au régime réel, mais répondent à des objectifs et des horizons différents. Le choix dépend de votre taux marginal d’imposition, du poids des travaux, du niveau de loyer que vous acceptez et de votre horizon de détention.

Questions fréquentes

Le statut du bailleur privé (Jeanbrun) et le déficit foncier, c'est le même régime ?

Non. Les deux concernent la location nue au régime réel foncier, mais leur avantage diffère. Le statut du bailleur privé ajoute une charge déductible nouvelle, l'amortissement du logement (un pourcentage annuel plafonné du prix). Le déficit foncier n'amortit rien : il déduit les charges réelles, dont les travaux, et permet d'imputer le déficit sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an.

Pour un appartement ancien avec de gros travaux, lequel choisir ?

Si vous voulez louer au prix du marché sans plafond de loyer ni de ressources et effacer une part de vos autres revenus dès l'année des travaux, le déficit foncier est en général plus direct. Le statut du bailleur privé, lui, suppose d'accepter des loyers et des ressources plafonnés et un engagement de 9 ans, en échange d'un amortissement étalé dans le temps. L'arbitrage dépend de votre taux marginal d'imposition, du montant des travaux et de votre horizon de détention.

Peut-on cumuler l'amortissement Jeanbrun et le déficit foncier sur le même bien ?

Le statut du bailleur privé s'exerce au régime réel foncier : les autres charges déductibles, dont les travaux éligibles, continuent de s'y appliquer et l'amortissement s'ajoute au résultat foncier, où il peut créer ou aggraver un déficit. En revanche, le traitement fiscal précis d'un déficit issu de l'amortissement (son imputation ou non sur le revenu global) n'est pas encore tranché par la doctrine administrative et devra être confirmé par le BOFiP à paraître. Par prudence, ne construisez pas votre stratégie sur ce point tant qu'il n'est pas clarifié.

Quel plafond pour chaque dispositif ?

Pour le déficit foncier, l'imputation sur le revenu global est plafonnée à 10 700 € par an, portée à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique dont les dépenses sont payées jusqu'au 31 décembre 2027. Pour le statut du bailleur privé, l'amortissement annuel déductible est plafonné à 8 000 € par foyer fiscal, majoré à 10 000 € ou 12 000 € selon la part de location sociale ou très sociale.

L'amortissement Jeanbrun est-il repris à la revente comme en LMNP ?

Oui. L'article 47 de la loi de finances 2026 modifie le CGI art. 150 VB, III pour minorer le prix d'acquisition du montant des amortissements déduits, ce qui augmente la plus-value imposable à la sortie. C'est la même logique que la réforme appliquée au LMNP réel depuis la loi de finances 2025. Le déficit foncier, qui n'amortit pas le bâti, n'est pas concerné par cette reprise.

Le statut du bailleur privé concerne-t-il tous les logements ?

Le texte vise les logements neufs (point i de l'art. 31 CGI) et les logements anciens réhabilités (point j), loués nus en résidence principale. La cible affichée est le logement collectif ; une éventuelle restriction excluant les maisons individuelles, ainsi que la définition précise des travaux de réhabilitation éligibles dans l'ancien, restent à préciser par décret.

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Sources officielles

Rédigé par Jeremy, Foncier Malin. Information vérifiée le 2026-07-19 auprès des sources officielles (BOFiP / impots.gouv.fr).