Statut du bailleur privé (Jeanbrun) ou LMNP : que choisir en 2026 ?

Article rédigé à titre d’information générale. Il ne constitue ni un conseil fiscal personnalisé, ni un conseil en investissement. Le statut du bailleur privé est un dispositif très récent (loi de finances promulguée le 19 février 2026) : plusieurs de ses paramètres seront précisés par décret et par l’instruction fiscale (BOFiP) à paraître. Les points encore incertains sont signalés comme tels dans cet article. Rapprochez-vous d’un professionnel (expert-comptable, notaire, conseiller en gestion de patrimoine) avant toute décision, et vérifiez la version des textes applicable à votre année d’imposition sur impots.gouv.fr ou le BOFiP.

Jusqu’en 2026, un investisseur qui voulait amortir son bien (déduire chaque année une fraction de sa valeur pour réduire l’impôt sur les loyers) devait passer par la location meublée et le statut LMNP. La location nue n’ouvrait pas droit à l’amortissement du bâti : elle se jouait sur les charges et le déficit foncier. La loi de finances pour 2026 a changé cette donne en créant le statut du bailleur privé, connu médiatiquement sous le nom de dispositif Jeanbrun, qui introduit un amortissement en location nue.

Ce guide compare les deux voies : amortir en location nue avec Jeanbrun, ou amortir en location meublée avec le LMNP. Il ne cherche pas à vendre l’un ou l’autre, mais à poser les faits vérifiés et à baliser les points encore ouverts.

Deux amortissements, deux catégories fiscales

La distinction de fond tient à la nature de la location et donc à la catégorie d’imposition.

Le dispositif Jeanbrun s’applique à un logement loué nu, imposé dans la catégorie des revenus fonciers. Il est créé par l’article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, qui ajoute deux nouveaux points à l’article 31, I, 1° du Code général des impôts : le point i pour les logements neufs et le point j pour les logements anciens réhabilités. L’amortissement devient une charge déductible des revenus fonciers, ce qui suppose le régime réel : le micro-foncier est fermé pour ces biens, l’article 32 du CGI ayant été modifié pour renvoyer aux nouveaux points i et j.

Le LMNP (loueur en meublé non professionnel) s’applique à un logement loué meublé, imposé dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Au régime réel, l’amortissement du bâti et du mobilier est déductible en application de l’article 39 C du CGI. Ce régime existe de longue date et n’a pas été créé par la loi de finances 2026 ; nous le détaillons dans notre guide sur l’amortissement en LMNP.

Autrement dit, choisir entre les deux, c’est d’abord choisir entre louer nu et louer meublé. Les conséquences en cascade (fiscalité des loyers, plafonds, contraintes de gestion, cotisations) découlent de ce choix initial.

L’amortissement Jeanbrun : mécanique et plafonds

Le texte voté fixe plusieurs paramètres à la source primaire.

La base amortissable est le prix d’acquisition net de la quote-part de terrain, celle-ci étant estimée forfaitairement à 20 %. En pratique, 80 % du prix est amortissable. Dans l’ancien réhabilité (point j), la base intègre le montant de certains travaux de réhabilitation, mais la quotité exacte de ces travaux n’est pas tranchée à la source primaire (des chiffres de 20 % ou 30 % circulent dans les analyses professionnelles sans confirmation au texte, point que nous laissons en réserve).

Les taux annuels dépendent du caractère neuf ou ancien du logement et du niveau de loyer consenti :

Type de logementLoyer intermédiaireLoyer socialLoyer très social
Neuf (point i)3,5 %4,5 %5,5 %
Ancien réhabilité (point j)3 %3,5 %4 %

Plus le loyer consenti est encadré (social, très social), plus le taux d’amortissement est élevé : le dispositif récompense l’effort social par un avantage fiscal supérieur.

L’amortissement déductible est plafonné à 8 000 € par foyer fiscal. Ce plafond est majoré à 10 000 € ou 12 000 € lorsqu’au moins la moitié des revenus bruts des logements amortis provient respectivement de la location sociale ou très sociale. Ce plafond en euros est une différence importante avec le LMNP, où l’amortissement n’est pas plafonné en montant.

Un point de vigilance sur la communication autour du dispositif : le chiffre de « 80 % du prix amorti » correspond à la base amortissable maximale (hors terrain), pas à un gain acquis d.avance sur les neuf ans d’engagement. Au taux de 3,5 % par an, on amortit environ 31,5 % de la base sur neuf ans. Le cumul réel sur toute la durée de détention dépend de la durée effective et du plafond annuel.

Les contreparties Jeanbrun : encadrement social et durée

L’amortissement Jeanbrun n’est pas gratuit. Le texte impose plusieurs contreparties, toutes confirmées à la source primaire :

La fenêtre d’éligibilité est bornée : le dispositif vise les acquisitions réalisées entre le lendemain de la publication de la loi et le 31 décembre 2028 (pour les logements construits par le contribuable, dépôt de la demande de permis sur la même période).

La cible affichée par le législateur est celle des logements collectifs. L’éligibilité des maisons individuelles est évoquée mais n’est pas clairement tranchée à la source primaire ; c’est un point que le décret ou le BOFiP devront préciser.

Le LMNP : plus souple, mais en meublé

Face à cet encadrement, le LMNP au réel offre une souplesse supérieure, au prix de la location meublée.

L’amortissement y est plus large : il porte sur le bâti (souvent décomposé par composants) et sur le mobilier, et il n’est pas plafonné en montant. Il connaît toutefois une limite structurelle : en application de l’article 39 C du CGI, l’amortissement ne peut ni créer ni aggraver un déficit BIC. La fraction d’amortissement non déduite une année se reporte sans limite de durée sur les exercices suivants.

Le LMNP n’impose aucun plafond de loyer ni de ressources du locataire, et aucun engagement social. En contrepartie, il faut fournir un logement meublé conforme à la liste réglementaire du mobilier, avec un bail meublé (un an, ou neuf mois pour un étudiant), une rotation locative généralement plus forte et une gestion plus intensive.

Côté régime simplifié, le micro-BIC de la location meublée classique applique un abattement de 50 % avec un seuil de recettes de 83 600 € pour les revenus 2026 à 2028. Le choix entre micro-BIC et réel se traite dans notre guide micro-BIC ou réel en LMNP.

La plus-value : reprise des amortissements des deux côtés

C’est un point capital, souvent mal compris : dans les deux régimes, l’avantage d’amortissement est partiellement repris à la revente.

En LMNP, depuis la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025, article 84), les amortissements déduits minorent le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value, pour les cessions réalisées à compter du 15 février 2025. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article sur la réintégration de l’amortissement LMNP.

Pour Jeanbrun, la loi de finances 2026 aligne le traitement : l’article 47 modifie le CGI, article 150 VB, III, pour prévoir que le prix d’acquisition est minoré du montant des amortissements admis en déduction. La mécanique est donc identique à celle du LMNP : l’économie d’impôt réalisée pendant la détention se traduit par une plus-value imposable plus élevée au moment de la vente.

Il faut distinguer cette reprise en plus-value d’une autre sanction : en cas de rupture de l’engagement de location de 9 ans (revente ou changement d’usage anticipé), le texte prévoit une majoration du revenu net foncier des amortissements antérieurement déduits. C’est une remise en cause distincte du calcul de plus-value, qui pénalise le non-respect de la durée.

Et le déficit foncier dans tout ça ?

Le dispositif Jeanbrun ne remplace pas le déficit foncier de droit commun. Ce dernier reste fondé sur les charges et travaux d’un bien loué nu au réel, avec une imputation sur le revenu global plafonnée à 10 700 € par an (portée à 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique, dépenses payées jusqu’au 31 décembre 2027). Nous le détaillons dans notre pilier déficit foncier.

Point encore ouvert : l’amortissement Jeanbrun s’impute sur le résultat foncier et peut y créer ou accroître un déficit, mais le traitement fiscal fin de ce déficit (imputation sur le revenu global, report) dépendra de l’instruction BOFiP, non publiée à la date de rédaction. Nous ne l’affirmons donc pas ici.

Tableau comparatif de synthèse

CritèreJeanbrun (location nue)LMNP réel (location meublée)Déficit foncier (nu, droit commun)
Catégorie de revenuRevenus fonciers, réel obligatoireBICRevenus fonciers, réel
Base légaleCGI art. 31, I, 1°, i/j (loi 2026-103, art. 47)CGI art. 39 C (amortissement) ; micro-BIC art. 50-0CGI art. 156, I, 3°
Type de locationNue, résidence principaleMeubléeNue
Amortissement3 % à 5,5 %/an, base 80 % du prix, plafonné 8 000 € à 12 000 €Bâti et mobilier, non plafonné en montant, mais ne crée pas de déficit BICAucun (pas d’amortissement du bâti)
Plafond de loyer / ressourcesOui (renvoi Pinel / Loc’Avantages)NonNon
Engagement9 ans, location continueAucun3 ans après imputation du déficit
Reprise à la reventeOui, amortissements minorent le prix d’acquisition (art. 150 VB, III)Oui depuis la loi 2025-127, art. 84 (art. 150 VB, III)Sans objet (pas d’amortissement)
Régime simplifiéFermé (réel obligatoire)Micro-BIC : abattement 50 %, seuil 83 600 €Micro-foncier : abattement 30 %, seuil 15 000 €
FenêtreAcquisitions jusqu’au 31/12/2028PermanentPermanent

Ce qui reste à préciser par décret

Le statut du bailleur privé a été créé par l’article 47 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) et est en vigueur, mais plusieurs modalités d’application seront fixées par décret et par la doctrine fiscale (BOFiP). Voici les points à suivre :

Pour quel profil ?

À partir des faits vérifiés, quelques repères se dégagent (ils restent généraux et ne remplacent pas une étude personnalisée).

Le dispositif Jeanbrun s’adresse à l’investisseur qui refuse la location meublée mais veut tout de même amortir son bien, et qui accepte en échange des loyers encadrés et un engagement de 9 ans. Il peut convenir à un profil recherchant une gestion locative « classique » en bail nu, avec une locataire en résidence principale et une rotation plus faible, tout en réduisant l’impôt sur les loyers. L’avantage réel dépend fortement du niveau de loyer accepté (l’effort social augmente le taux d’amortissement) et du zonage, puisque les plafonds de loyers et de ressources sont différenciés selon les zones.

Le LMNP reste plus souple : pas de plafond de loyer ni de ressources, amortissement plus large, mais en meublé, avec la gestion et la fiscalité BIC que cela implique. Il convient à qui vise un rendement locatif optimisé et accepte les contraintes du meublé.

Le déficit foncier garde son terrain propre : l’ancien à gros travaux, sans contrainte sociale, mais sans amortissement du bâti. C’est l’outil du propriétaire qui rénove.

Aucun de ces régimes n’est universellement supérieur. Le bon choix dépend de votre tranche d’imposition, du type de bien, de votre horizon de revente et de votre tolérance à la contrainte locative. Compte tenu de la nouveauté du dispositif Jeanbrun et des paramètres réglementaires encore à préciser, une simulation chiffrée avec un professionnel est particulièrement indiquée avant de vous engager.

Questions fréquentes

Le dispositif Jeanbrun concerne-t-il la location nue ou meublée ?

La location nue. Le statut du bailleur privé (dispositif Jeanbrun, art. 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026) crée un amortissement déductible des revenus fonciers pour un logement loué nu, affecté à la résidence principale du locataire. C'est sa différence majeure avec le LMNP, qui suppose une location meublée imposée dans la catégorie des BIC.

Peut-on amortir un bien en location nue en 2026 ?

Oui, mais uniquement dans le cadre du statut du bailleur privé (Jeanbrun), pour une acquisition réalisée jusqu'au 31 décembre 2028, au régime réel foncier, avec des loyers et des ressources du locataire plafonnés et un engagement de location de 9 ans. Hors de ce dispositif, la location nue ne permet pas d'amortir le bâti : elle relève du régime des revenus fonciers classique (charges déductibles, déficit foncier).

Jeanbrun ou LMNP : lequel réduit le plus l'impôt sur les loyers ?

Cela dépend du bien et du niveau de loyer accepté. L'amortissement LMNP au réel est plus large (bâti et mobilier, non plafonné en montant) et sans contrepartie de loyer, mais il s'exerce en meublé. L'amortissement Jeanbrun est plafonné (8 000 € à 12 000 € par foyer fiscal) et suppose des loyers encadrés, mais il s'exerce en location nue. Aucun ne domine l'autre dans l'absolu : l'arbitrage se fait au cas par cas, idéalement avec un professionnel.

Les amortissements sont-ils repris à la revente dans les deux régimes ?

Oui. En LMNP, depuis la loi de finances 2025 (art. 84), les amortissements déduits minorent le prix d'acquisition retenu pour la plus-value des cessions réalisées à compter du 15 février 2025. Pour Jeanbrun, l'art. 47 de la loi de finances 2026 modifie le CGI art. 150 VB, III dans le même sens. Dans les deux cas, l'avantage pris pendant la détention est partiellement repris au moment de la vente via une plus-value imposable plus élevée.

Quelles contraintes de gestion distinguent le bail nu Jeanbrun du bail meublé LMNP ?

Le bail nu (Jeanbrun) est un bail d'habitation classique de 3 ans (loi du 6 juillet 1989), sans obligation d'équiper le logement, mais il faut respecter les plafonds de loyer et de ressources ainsi que l'affectation en résidence principale sur 9 ans. Le bail meublé (LMNP) impose de fournir un logement équipé conforme à la liste réglementaire du mobilier, avec un bail d'un an (ou 9 mois pour un étudiant) et une rotation locative généralement plus forte.

Le dispositif Jeanbrun est-il compatible avec le déficit foncier ?

Ce sont deux logiques du régime réel foncier. L'amortissement Jeanbrun s'impute sur le résultat foncier et peut y créer ou accroître un déficit, mais le traitement fiscal fin de ce déficit (imputation sur le revenu global, report) dépend de l'instruction BOFiP non encore publiée à ce jour. Le déficit foncier de droit commun (10 700 € par an, 21 400 € pour la rénovation énergétique) reste, lui, un mécanisme distinct fondé sur les charges et travaux.

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Sources officielles

Rédigé par Jeremy, Foncier Malin. Information vérifiée le 2026-07-19 auprès des sources officielles (BOFiP / impots.gouv.fr).