Statut du bailleur privé (dispositif Jeanbrun) : comment ça marche en 2026

Cet article a une vocation d’information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Le dispositif est récent et plusieurs de ses paramètres d’application restent à préciser par décret et par la doctrine fiscale. Avant tout investissement, faites chiffrer votre situation par un professionnel (expert-comptable, avocat fiscaliste, notaire ou conseiller en gestion de patrimoine).

Depuis février 2026, un nouveau régime fiscal permet, pour la première fois, d’amortir un logement loué nu. Baptisé « dispositif Jeanbrun » dans la presse, du nom du ministre du Logement Vincent Jeanbrun, son nom administratif est le statut du bailleur privé. Il ne s’agit pas d’une loi autonome mais d’un article de la loi de finances pour 2026. Cet article de référence explique ce que c’est, comment fonctionne l’amortissement, les conditions à respecter, ce qui se passe à la revente, et pour quel profil d’investisseur il peut avoir un intérêt.

Ce qu’est le dispositif, d’où il vient, depuis quand

Le statut du bailleur privé est créé par l’article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026. Techniquement, cet article insère deux nouveaux points, notés i) et j), au 1° du I de l’article 31 du code général des impôts (CGI), c’est-à-dire dans la liste des charges déductibles des revenus fonciers. Le point i vise les logements neufs, le point j les logements anciens réhabilités.

L’appellation « Jeanbrun » est médiatique. Sur le plan juridique, il faut retenir qu’on parle d’un article de loi de finances et de deux points de l’article 31 du CGI, pas d’un texte indépendant comme l’étaient les anciens dispositifs Pinel ou Denormandie.

Le dispositif est en vigueur. La loi a été promulguée le 19 février 2026 et publiée au Journal officiel le 20 février 2026. Il s’applique aux acquisitions réalisées entre le lendemain de la publication et le 31 décembre 2028, soit en pratique du 21 février 2026 au 31 décembre 2028. Pour un logement que le contribuable fait construire lui-même, la fenêtre s’apprécie à la date de dépôt de la demande de permis de construire.

Point de vigilance dès l’introduction : si le cœur du dispositif est solidement établi par le texte voté et publié, plusieurs paramètres d’application (définition des travaux éligibles dans l’ancien, périmètre exact des logements, barèmes détaillés) doivent encore être fixés par décret et précisés par une instruction BOFiP attendue courant 2026. Cet article distingue systématiquement ce qui est confirmé par le texte de ce qui reste à confirmer.

Le mécanisme d’amortissement en location nue

La nouveauté de fond

Jusqu’à ce dispositif, l’amortissement du bâti (le fait de déduire chaque année une fraction du prix du logement pour tenir compte de son usure théorique) était réservé à la location meublée, dans le cadre du statut LMNP imposé en bénéfices industriels et commerciaux. En location nue, imposée en revenus fonciers, l’amortissement n’existait pas : le propriétaire ne pouvait déduire que ses charges réelles et ses travaux.

Le statut du bailleur privé change cette règle. Il ajoute l’amortissement à la liste des charges déductibles des revenus fonciers de l’article 31 du CGI. C’est la première fois qu’un bailleur en nu peut amortir son bien.

La base amortissable

L’amortissement se calcule sur le prix d’acquisition net de la quote-part de terrain. Le terrain, qui ne se déprécie pas, n’est jamais amortissable. Le texte l’estime forfaitairement à 20 % du prix. Autrement dit, la base amortissable est de 80 % du prix d’acquisition. Dans l’ancien réhabilité (point j), la base intègre en outre le montant de certains travaux de réhabilitation, dont la définition et la quote-part précises restent à fixer par décret.

Les taux annuels

Le taux dépend à la fois de la nature du logement (neuf ou ancien réhabilité) et du niveau de loyer choisi (intermédiaire, social ou très social) :

Type de logementLoyer intermédiaireLoyer socialLoyer très social
Neuf (point i)3,5 %4,5 %5,5 %
Ancien réhabilité (point j)3 %3,5 %4 %

Plus le bailleur accepte un loyer bas (donc socialement plus contraignant), plus le taux d’amortissement est élevé. C’est la logique de contrepartie du dispositif.

Le plafond annuel

L’amortissement effectivement déductible est plafonné. Le plafond de droit commun est de 8 000 euros par foyer fiscal et par an. Il est majoré de :

Ce plafond est important : il borne l’avantage annuel indépendamment de la taille de l’investissement. Un bien très cher n’ouvre pas droit à un amortissement déductible illimité.

Attention à la lecture des « 80 % amortis »

Certaines communications présentent le dispositif comme permettant d’amortir « 80 % du prix ». Ce chiffre correspond à la base amortissable maximale (le prix hors terrain), pas à un gain acquis d.avance sur les neuf ans d’engagement. Sur neuf ans à 3,5 % par an, on amortit environ 31,5 % de la base, pas 80 %. Le taux étant annuel et plafonné, il ne faut pas présenter le dispositif comme un gain de 80 % sur la durée d’engagement.

L’articulation avec le résultat foncier

L’amortissement s’impute sur le résultat foncier et peut y créer ou accroître un déficit foncier. L’imputation d’un éventuel déficit sur le revenu global reste régie par les règles de droit commun du 3° du I de l’article 156 du CGI (plafond de 10 700 euros, porté à 21 400 euros pour certaines dépenses de rénovation énergétique engagées jusqu’au 31 décembre 2027). En revanche, le traitement fin d’un déficit issu spécifiquement de l’amortissement (imputable sur le revenu global ou reportable seulement sur les revenus fonciers ultérieurs) n’est pas explicitement tranché par le texte : il dépendra de la doctrine BOFiP. Pour comprendre la mécanique générale du déficit et de son report, voir notre dossier déficit foncier.

Les conditions d’éligibilité

Le dispositif est conditionnel. Voici les conditions confirmées par le texte :

Sur le zonage : le dispositif est présenté comme applicable sur tout le territoire (non zoné dans son principe), mais l’avantage réel varie selon les zones, car les plafonds de loyers et de ressources auxquels renvoie le texte sont, eux, différenciés par zone.

Points d’éligibilité non encore confirmés

Plusieurs paramètres, régulièrement cités par les sources professionnelles, ne sont pas confirmés par le texte primaire de l’article 47 et sont donc listés dans les points à vérifier de cet article :

La revente : réintégration des amortissements dans la plus-value

C’est le point qui change l’équation financière du dispositif, et il est confirmé par le texte. L’article 47 de la loi 2026-103 modifie le III de l’article 150 VB du CGI : pour le calcul de la plus-value immobilière des particuliers, le prix d’acquisition est minoré du montant des amortissements admis en déduction au titre des i et j de l’article 31.

Concrètement, l’avantage d’amortissement obtenu pendant la détention est repris à la sortie : en diminuant le prix d’acquisition retenu, on augmente la plus-value imposable. C’est exactement la même mécanique que celle instaurée pour le LMNP par la loi de finances 2025 (article 84 de la loi n° 2025-127), détaillée dans notre dossier LMNP.

Il faut bien distinguer deux mécanismes de reprise différents :

SituationMécanismeBase légale
Revente après les 9 ans d’engagementLes amortissements minorent le prix d’acquisition, donc augmentent la plus-value imposableArticle 150 VB, III du CGI
Rupture d’engagement avant 9 ans (revente ou changement d’usage)Les amortissements déduits sont réintégrés au revenu net foncier de l’année de rupture (sanction)Article 31, I, 1°, i et j du CGI

Autrement dit, tenir l’engagement de neuf ans évite la sanction de reprise au revenu foncier, mais n’annule pas la réintégration dans la plus-value à la revente. L’amortissement Jeanbrun est un avantage de trésorerie et de report, pas nécessairement un cadeau définitif : une part est reprise à la sortie.

Comparaison : Jeanbrun (nu), LMNP (meublé) et déficit foncier

Ces trois voies répondent à des situations différentes. Le tableau ci-dessous résume les principales différences.

CritèreBailleur privé / Jeanbrun (nu)LMNP réel (meublé)Déficit foncier (nu, droit commun)
Catégorie de revenuRevenus fonciers, réel obligatoireBénéfices industriels et commerciauxRevenus fonciers, réel
Base légaleCGI art. 31, I, 1°, i et j (loi 2026-103, art. 47)CGI art. 39 C (amortissement)CGI art. 156, I, 3°
Avantage principalAmortissement 3 % à 5,5 % par an, plafonné 8 000 à 12 000 eurosAmortissement du bâti et du mobilier, non plafonné en montant mais non créateur de déficitImputation des travaux et charges ; déficit imputable sur le revenu global à hauteur de 10 700 euros (21 400 euros en rénovation énergétique jusqu’au 31/12/2027)
ContrepartiesLoyers et ressources plafonnés, résidence principale, engagement 9 ansAucun plafond de loyer ou de ressources ; location meubléeAucun plafond de loyer ou de ressources ; pas d’engagement social
Reprise à la reventeOui, les amortissements minorent le prix d’acquisition (art. 150 VB, III)Oui, depuis la loi 2025-127 (art. 84)Sans objet (pas d’amortissement du bâti)
Régime forfaitaire possibleNon, réel obligatoireMicro-BIC : abattement 50 %, seuil 83 600 euros (2026-2028)Micro-foncier : abattement 30 %, seuil 15 000 euros

Pour quel profil

Le bon choix dépend du bien, de la situation fiscale (tranche marginale, autres revenus fonciers), de l’horizon de détention et de l’acceptation ou non des plafonds de loyer. Aucun de ces régimes n’est universellement supérieur.

Pour qui le dispositif a-t-il un intérêt

Sans donner de conseil personnalisé, on peut dégager quelques repères. Le statut du bailleur privé est plutôt adapté :

Il est moins pertinent pour l’investisseur qui recherche un rendement locatif maximal sans plafond de loyer (le meublé ou la location nue de droit commun seront souvent plus rentables en loyer perçu), ou pour celui qui vise une revente à court terme (la reprise des amortissements dans la plus-value pèse d’autant plus que l’avantage aura été concentré sur peu d’années).

Un point structurant reste à trancher : le plafond annuel de 8 000 à 12 000 euros limite fortement l’avantage pour les biens de valeur élevée. Sur un logement cher, l’amortissement théorique (taux appliqué à 80 % du prix) peut dépasser le plafond déductible, une partie de l’amortissement calculé n’étant alors pas utilisée dans l’année.

Ce qui reste à confirmer

Ce dispositif est récent et son cadre réglementaire n’est pas complet à la date de rédaction. Restent notamment à préciser :

Tant que ces éléments ne sont pas publiés, il faut considérer ces points comme ouverts et ne pas fonder une décision d’investissement sur des chiffres non confirmés. Cet article sera mis à jour à la parution des textes d’application.

Ce qui reste à préciser par décret

Le statut du bailleur privé a été créé par l’article 47 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) et est en vigueur, mais plusieurs modalités d’application seront fixées par décret et par la doctrine fiscale (BOFiP). Voici les points à suivre :

En résumé

Le statut du bailleur privé, ou dispositif Jeanbrun, ouvre une possibilité inédite : amortir un logement loué nu. Créé par l’article 47 de la loi de finances 2026, il est en vigueur pour les acquisitions du 21 février 2026 au 31 décembre 2028. En contrepartie de l’amortissement (3 % à 5,5 % par an sur 80 % du prix, plafonné à 8 000-12 000 euros), il impose un engagement de location nue en résidence principale, à loyers et ressources plafonnés, pendant neuf ans, au régime réel. À la revente, les amortissements sont repris dans le calcul de la plus-value. Son intérêt réel dépendra à la fois de votre situation et des textes d’application encore attendus. Avant de vous engager, faites chiffrer le montage par un professionnel.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le statut du bailleur privé (dispositif Jeanbrun) ?

C'est un régime fiscal créé par l'article 47 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), qui permet à un propriétaire louant un logement nu de déduire chaque année de ses revenus fonciers un amortissement du logement, en contrepartie d'un engagement de location à loyer et ressources plafonnés pendant au moins neuf ans. Le nom Jeanbrun est l'appellation médiatique du dispositif ; l'appellation administrative est statut du bailleur privé. Ce n'est pas une loi autonome mais un article de la loi de finances.

Le dispositif Jeanbrun est-il vraiment en vigueur en 2026 ?

Oui. La loi de finances pour 2026 a été promulguée le 19 février 2026 et publiée au Journal officiel le 20 février 2026. Le dispositif s'applique aux acquisitions réalisées à compter du lendemain de la publication, soit le 21 février 2026, et jusqu'au 31 décembre 2028. En revanche, plusieurs paramètres d'application (définition des travaux éligibles dans l'ancien, barèmes détaillés, périmètre exact des logements concernés) doivent encore être précisés par décret et par la doctrine fiscale BOFiP.

Quelle différence avec le LMNP et l'amortissement en meublé ?

Jusqu'à ce dispositif, seul le meublé (statut LMNP, imposé en bénéfices industriels et commerciaux) permettait d'amortir le bâti. Le statut du bailleur privé introduit pour la première fois un amortissement en location NUE, imposée en revenus fonciers. En contrepartie, l'amortissement Jeanbrun est plafonné (8 000 à 12 000 euros par an) et soumis à des loyers et ressources plafonnés, alors que l'amortissement LMNP n'est pas plafonné en montant mais ne peut pas créer de déficit et impose la location meublée sans plafond de loyer.

Combien peut-on amortir chaque année ?

Le taux annuel dépend du logement et du niveau de loyer : dans le neuf, 3,5 % (loyer intermédiaire), 4,5 % (social) ou 5,5 % (très social) ; dans l'ancien réhabilité, 3 % (intermédiaire), 3,5 % (social) ou 4 % (très social). Ce taux s'applique à 80 % du prix (la quote-part de terrain, non amortissable, est estimée forfaitairement à 20 %). L'amortissement effectivement déductible est plafonné à 8 000 euros par foyer fiscal et par an, majoré à 10 000 ou 12 000 euros lorsqu'une part suffisante des revenus provient de la location sociale ou très sociale.

Quelles sont les conditions à respecter ?

Le logement doit être neuf ou ancien réhabilité, loué nu et affecté à la résidence principale du locataire. La mise en location doit intervenir dans les douze mois de l'acquisition ou de l'achèvement. L'engagement de location est de neuf ans minimum, continu. Les loyers et les ressources du locataire sont plafonnés par renvoi aux barèmes des articles 199 novovicies (ex-Pinel) et 199 tricies (Loc'Avantages) du CGI. Le régime réel foncier est obligatoire (le micro-foncier est fermé) et l'option est irrévocable.

Que se passe-t-il à la revente du logement ?

L'article 47 de la loi 2026-103 modifie le III de l'article 150 VB du CGI : pour le calcul de la plus-value immobilière des particuliers, le prix d'acquisition est minoré du montant des amortissements déduits. Autrement dit, l'avantage d'amortissement obtenu pendant la détention est repris à la sortie sous forme d'une plus-value imposable plus élevée. C'est la même logique que celle instaurée pour le LMNP par la loi de finances 2025.

Que risque-t-on si on revend avant neuf ans ?

La revente ou le changement d'affectation du logement avant le terme de l'engagement de neuf ans entraîne une reprise : les amortissements antérieurement déduits sont réintégrés au revenu net foncier de l'année de rupture. Cette sanction est distincte du calcul de la plus-value et peut se cumuler avec elle. Certains événements exceptionnels (invalidité, licenciement, décès) peuvent, comme pour d'autres dispositifs, être admis comme motifs de non-remise en cause, mais ce point relève de la doctrine à paraître et doit être vérifié.

Peut-on cumuler l'amortissement Jeanbrun avec le déficit foncier ?

L'amortissement s'impute sur le résultat foncier et peut y créer ou accroître un déficit. L'imputation d'un éventuel déficit foncier sur le revenu global reste régie par le 3° du I de l'article 156 du CGI (plafond de 10 700 euros, porté à 21 400 euros pour certaines dépenses de rénovation énergétique jusqu'au 31 décembre 2027). En revanche, le traitement précis d'un déficit issu spécifiquement de l'amortissement (imputable sur le revenu global ou reportable sur les seuls revenus fonciers) n'est pas tranché par le texte et dépendra de la doctrine BOFiP.

Le dispositif concerne-t-il les maisons individuelles ou seulement les immeubles ?

La cible affichée par les sources professionnelles est le logement collectif (immeubles). L'extension aux maisons individuelles est évoquée mais n'est pas clairement confirmée par le texte de l'article 47 lui-même. Ce périmètre doit être précisé par le décret d'application. Tant qu'il ne l'est pas, il est prudent de ne pas considérer qu'une maison individuelle ouvre droit au dispositif.

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Sources officielles

Rédigé par Jeremy, Foncier Malin. Information vérifiée le 2026-07-19 auprès des sources officielles (BOFiP / impots.gouv.fr).